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La Transformation sur Mirage 2000

  Les jeunes pilotes de chasse français passent une étape importante en volant pour la toute première fois sur l’avion qu’ils vont côtoyer pendant quelques années en escadron opérationnel. C’est la mission principale de l’Escadron de Chasse 2/5 « Ile de France » sur la Base Aérienne 115 d’Orange : la transformation sur Mirage 2000.

Il faut savoir que ces « bleus » ont fait auparavant 3 à 4 ans de formation théorique, de pilotage de base et pré spécialisation chasse à Cognac ou Salon de Provence respectivement sur TB30 Epsilon ou Embraer Tucano, puis de spécialisation chasse à Tours sur Alphajet où ils obtiennent leur macaron(1) de pilote de chasse. Ils ont enchaîné leur formation à Cazaux à l’Ecole de Transformation Opérationnelle toujours sur Alphajet, où ils apprennent les rudiments du combat aérien, effectuent des missions plus complexes et pratiquent du tir air/sol, à l’issue duquel ils connaissent leur base d’affectation pour les quatre ans à venir.

Avant de toucher aux commandes de l’avion de leur rêve, les stagiaires font étape à l’EETIS(2) de Dijon, où ils vont décortiquer le Mirage 2000 et apprendre toute la partie technique de l’avion d’armes.

Arrivant à Orange, les premières séances de simulateur sont un passage obligatoire et vont permettre à nos jeunes pilotes de s’accoutumer à ce nouveau cockpit et d’appliquer les check-lists d’utilisation normale. Rapidement, ils vont apprendre à traiter les situations de panne générées par les instructeurs simulateurs afin de réagir de façon saine et en sécurité si une panne devait survenir en vol réel. Ces entraîneurs de vol vont, plus tard dans la formation et durant toute la vie d’un pilote de chasse, servir à simuler toutes les missions complexes avant de les réaliser en vol mais aussi à garder les compétences de gestion des pannes et de pilotage aux instruments.

Le premier vol en place avant est toujours un grand moment même s’il est accompagné en même temps de stress et d’une certaine excitation pour le stagiaire assisté en place arrière par son moniteur. Au lâcher des freins, en affichant pleine charge (Post Combustion), le pilote se retrouve plaqué à son siège comme il ne l’a probablement jamais été. Il contrôle l’accélération longitudinale dans sa VTH(3) vérifiant si la poussée est nominale et à la vitesse de rotation, il tire souplement sur le manche ; l’avion prend son envol. Le train d’atterrissage rentré, l’équipage se dirige vers la zone de travail en empruntant l’itinéraire de la procédure standard de départ. La première mission est une exploration du domaine de l’avion dans ses basses vitesses, où l’on montre le nombre de G(4) maximum que peut prendre l’avion et où le néophyte prend ses premiers repères en manoeuvrant le 2000. Puis c’est la délicate séance de l’atterrissage et des circuits à vue, car oui c’est un des moments les plus sensibles d’un vol surtout lorsque l’on revient d’une mission longue et fatigante... Les notions acquises dans les écoles antérieures sur Alphajet vont être appliquées sur Mirage 2000 lors des missions suivantes : vol en formation, vol sans visibilité, voltige et navigation. Qui dit nouvel avion, dit nouveau système. Ce pilotage de base doit être rapidement maîtrisé avec rigueur pour pouvoir non plus se concentrer sur le pilotage seul, mais sur la mission qui leur incombe.

La mission d’instruction de l’escadron comprend également l’initiation au combat aérien, la transformation « systèmes d’armes » des pilotes sur Mirage 2000 RDI(5), des reprises en main pour les pilotes expérimentés qui reviennent dans les forces mais aussi un vol de contrôle pour le vol sans visibilité à renouveler tous les ans.

L’escadron est aussi amené, en missions secondaires temps de paix, à effectuer la mission de permanence opérationnelle qui comprend l’assistance en vol (par exemple en cas de panne radio d’un avion de ligne) et les missions MASA(6) en cas d’intervention illicite sur un avion de ligne.

Enfin, on s’arrête devant les photos de Spitfire de la Royal Air Force appartenant au 1er escadron FAFL(7) en Angleterre « Free French squadron 340 », qui ornent les murs en brique du bar du 2/5 « Ile de France ». C’est un espace où les langues se décousent, l’expérience s’y transmet de bouche à oreille de manière informelle et complète les manuels de pilotage, et ce, depuis plus de 60 ans...

 

J. Troy  le 24/06/2007

 

(1) Brevet de Pilote de Chasse.
(2) Ensemble Equipe Technique Instruction Spécialisée.
(3) Visualisation Tête Haute : où sont projetées vitesse, altitude, cap, le Jx (accélération) et autres informations pour le combat.
(4) Accélération subie sur l’axe vertical provoquant notamment voile gris, noir et perte de connaissance.
(5) Utilisation du RDI = Radar Doppler à Impulsion.
(6) Mesures Actives de Sûreté Aérienne .
(7) Forces Aériennes Françaises Libres = Armée de l’Air de la France libre durant la seconde guerre mondiale.

 

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