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Crise : nuages dans le ciel mondial |
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Les indices boursiers, thermomètres de l'activité mondiale, ont tous perdu entre 30 et 40 % de leur valeur depuis le début de l'année. De Tokyo à New-York, de Shanghai à Paris, aucune place financière n'a été épargnée par le Krach dû à une crise des "subprimes" mal soignée ayant entraîné une perte de confiance mutuelle des acteurs qui a paralysé tout le système financier. Après une intervention massive des Etats, menée principalement par l'Europe sous l'impulsion de la France et de l'Angleterre, il semble que le système se réamorce progressivement, en témoignent la relative accalmie sur les places d'échange ainsi que le retour aux affaires des principaux fonds d'investissement. Néanmoins, la crise financière puis économique va avoir un impact important sur tout le secteur de l'aéronautique dans les prochains mois. |
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La crise actuelle comporte trois aspects principaux qui vont toucher plus ou moins durablement l'industrie aéronautique : Le premier concerne la solvabilité des grands instituts financiers mondiaux qui se sont retrouvés en possession de créances qui ne seront jamais remboursées dans leurs bilans, principalement à cause de la titrisation qui masquait les risques de certains actifs. L'ampleur du phénomène a ainsi poussé certains acteurs à la faillite - notamment la banque d'investissement Lehman Brothers - quand d'autres ont été sauvés in-extremis par une nationalisation partielle. C'est en effet ce qui est arrivé au géant américain de l'assurance, American International Group (AIG), dans lequel la Fed a investi 80 milliards de dollars. Le rapport avec l'aéronautique semble peu évident au premier abord... sauf si l'on sait qu'AIG est en fait la maison mère de la société ILFC, spécialisée dans le leasing d'avions, et qui possède une des plus importantes flottes du monde avec près de 900 appareils. La société américaine est un des acteurs majeurs du marché et elle était en discussion avec Boeing et Airbus pour placer des commandes supplémentaires. Ses difficultés auront à coup sûr un impact sur l'industrie aéronautique. Le second concerne la raréfaction et le prix des crédits pour les entreprises. La crise de confiance entre les organismes bancaires à amené les différents acteurs à refuser de prêter de l'argent à leurs homologues et malgré l'introduction massive de liquidités par les banques centrales, nous sommes arrivés à une situation dite de "credit-crunch" où l'accès des ménages et des entreprise au crédit est devenu très difficile ou très cher. Que ce soient les compagnies aériennes pour acquérir des appareils ou renouveler leurs flottes, les avionneurs pour financer leurs nouveaux programmes, les fabricants d'aérostructures qui voulaient participer au programme Power8 et racheter certains sites d'Airbus ou encore les équipementiers pour continuer la consolidation de leur secteur, on constate que la difficulté d'emprunter va mettre en attente, reporter ou rendre beaucoup plus difficiles les nécessaires investissements du secteur aéronautique. Le troisième enfin, et peut-être le plus important, est l'impact du Krach financier sur l'économie dite réelle. Le ralentissement de la croissance, résultant des éléments mentionnés précédemment, va faire baisser l'activité des entreprises - qui couperont dans leur budget voyage - ainsi que l'activité touristique, non essentielle pour les ménages quand il s'agit d'opérer des arbitrages dans leurs dépenses. L'impact sur les compagnies aériennes sera immédiat : baisse du coefficient de remplissage donc de la rentabilité, fermeture de lignes, mise en stock d'appareils... L'économie - et donc la crise - étant mondialisée, il est certain que des annulations de commandes vont arriver sur le bureau des équipes de ventes d'Airbus et de Boeing dans les prochains mois et que l'activité de production des deux avionneurs, et donc de toute leur supply-chain, soit ralentie. Tom Enders, patron d'Airbus, a d'ailleurs annoncé que le constructeur européen allait revoir son plan de production et garder la cadence de fabrication des A320 à son niveau actuel alors que celle-ci devait être augmentée. Au final, il semble que l'industrie aéronautique, qui a toujours fonctionné par cycles, va entrer dans une période de turbulences. Ceci dit, certains indicateurs montrent qu'une résistance devrait s'organiser. Ainsi, la baisse du prix du pétrole devrait soulager les résultats des compagnies aériennes pour un temps, la hausse du dollar devrait soulager temporairement les finances d'EADS et des principaux fournisseurs de rang 1 et la manne financière des fonds souverains des pays du golfe ou de la Chine devrait permettre le maintien de certaines commandes importantes. Par ailleurs, la crise touchant de façon plus importante les transporteurs américains, clients préférentiels de Boeing, l'impact sera plus critique sur l'activité du constructeur de Seattle que sur celle d'Airbus. Espérons que les efforts importants entrepris ces dernières années par les acteurs de l'industrie aéronautique européenne pour renforcer leur compétitivité permettront de mieux résister aux effets de la crise et donc de préserver l'emploi et les révolutions techniques nécessaires pour répondre aux défis du XXIeme siècle. Gageons enfin que cet épisode recentrera en partie le capitalisme mondial sur l'entreprise, la valeur réellement créée et les stratégies industrielles pour qu'une vision à moyen et long terme permette plus de progrès pour la société et la planète. S. Wurmser le 20/10/2008
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