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Tragédie madrilène...

Le 20 Août dernier, l'aéronautique européenne a été, vous le savez, endeuillée par l'accident du vol JK5022 de la Spanair sur l'aéroport de Madrid Bajaras. L'appareil, un Mc Donnell Douglas MD-82, s'est écrasé au décollage alors qu'il devait effectuer la rotation entre Madrid et Las Palmas aux Canaries pour le compte de la StarAlliance. Seuls 18 des 172 passagers et membres d'équipages ont survécu à l'accident, l'appareil s'etant disloqué et enflammé après avoir touché le sol quelques secondes après son décollage.

La compagnie Spanair avait pourtant une bonne réputation, en témoigne la confiance accordée par les autres compagnies membres de la StarAlliance (Lufthansa, Singapore Airlines...) qui effectuaient des vols en partage des codes au sein d'un réseau commun, comme cela est très souvent pratiqué au sein des alliances internationales comme Skyteam (Air France) ou Oneworld (British Airways). Spanair n'est pas un nouvel acteur ayant émergé récemment dans les années "low-cost". Fondée en 1987, la compagnie s'est peu à peu imposée comme le second transporteur espagnol après Iberia et a développé son réseau sur l'Espagne et l'Europe au départ de Madrid. Sa flotte, d'une moyenne d'âge de treize ans (quand la durée de vie d'un avion est aux alentours de 30 ans), est aujourd'hui composée d'appareils récents dont 23 Airbus de la famille A320 et 4 Boeing 717 et de 30 MD80 de conception plus ancienne dont faisait partie l'appareil accidenté.

D'abord montrée du doigt par tous les médias, il semble que la maintenance ne soit pas la cause principale de ce tragique accident. Selon les premiers éléments de l'enquête  et les révélations des boîtes noires, une erreur humaine serait belle et bien à l'origine du crash. Les volets hypersustentateurs, qui assurent une portance supplémentaire à l'appareil dans les phases de basses vitesses, n'auraient pas été sortis par le pilote lors de la check-list avant décollage, ceci ayant entrainé une course de roulage beaucoup plus longue que prévue (près de 500m) et un décrochage de l'appareil juste après son envol.

Il faut savoir que, comme dans tout système complexe possédant des sécurités multiples (ex: aéronautique, médecine, spatial...), un accident survient si au moins trois incidents ou causes se surexposent. Il semble que dans le cas de la Spanair, le pilote n'ait pas - pour une raison encore indéterminée - sorti les volets en position décollage. Ceci dit, le constructeur de l'avion a prévu une alarme dans cette configuration de vol (mise en puissance des réacteurs + volets non sortis) mais celle-ci a vraisemblablement été défaillante puisque le pilote aurait autrement interrompu le décollage. Enfin, l'avion était à charge maximale (172 passagers et bagages) sur une piste en altitude (600m) et par une température élevée (40°) ce qui ne facilite pas la portance à basse vitesse, l'air étant moins dense. On comprend dès lors le mécanisme: les trois facteurs pris séparément, le vol se déroule sans problème; les trois facteurs combinés et c'est l'accident.

Il faudra néanmoins attendre les conclusions de l'enquête pour faire toute la lumière sur cette affaire. Cependant, les médias généralistes ont encore contribué au flou qui entoure les accidents d'avion et leurs causes, ayant tour à tour évoqué sans éléments tangibles et sur la base de témoignages un feu moteur, une erreur de maintenance, une négligence des règles par la compagnie aérienne et son management ou encore une sortie de piste. Il est ainsi bon de rappeler, préalablement à toute analyse de crash, que la majorité des accidents aériens sont liés à une erreur humaine à bord de l'appareil, cette simple statistique devrait rendre les commentateurs quelques peu plus prudents dans leurs analyses à chaud...

S. Wurmser le 15/09/2008

 

 

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