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Suspens dans le ciel transalpin |
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Alitalia, fondée en 1947 et dont 49% du capital appartient à l'état italien, a encore fait couler beaucoup d'encre ces dernières semaines en pleine période électorale italienne. En effet, le transporteur à l'agonie financière depuis de longues années avait accepté un rachat par le groupe Air France-KLM, opération remise en cause ces derniers jours par la compagnie italienne intérieure AirOne soutenue par des investisseurs financiers comptant dans leurs rangs les deux fils d'un certain Silvio Berlusconi. |
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Il faut dire que la situation d'Alitalia est aujourd'hui critique par bien des aspects. En premier lieu au plan économique et financier puisque la compagnie accumule depuis des années des exercices en perte nette (255 millions d'euros de perte avant impôts sur les 9 premiers mois de 2007), possède une dette de près de 1,2 milliards d'euros et a quasiment absorbé en deux ans le milliard d'euros de trésorerie obtenus lors d'une recapitalisation fin 2005. Par ailleurs, la flotte du transporteur est vieillissante et encore composée de 75 MD80, 5 MD11 et 12 B767 aujourd'hui dépassés en terme de coûts d'exploitation. Enfin, le réseau semble mal organisé avec les deux hubs de Milan et Rome qui ne jouent pas leur rôle à plein et un personnel trop important en nombre qui entrave la compétitivité de l'entreprise sur un marché intérieur européen très concurrentiel. Ainsi, la compagnie italienne n'a plus qu'un choix devant elle, la reprise ou la faillite. Depuis longtemps annoncée, la reprise d'Alitalia est un long roman dont les différents chapitres se sont écrits au cours dernières années. La dernière offre en date avait été faite à la fin de l'année dernière et différentes compagnies s'étaient portées volontaires - parmi elles bien sûr Air France-KLM et AirOne mais aussi Lufthansa et Aeroflot - ainsi que certains fonds d'investissements composés d'acteurs bancaires italiens et internationaux. Au final, après que les différents acteurs ont finalement jeté l'éponge et notamment Lufthansa qui avait résisté pour ne pas voir le marché italien tomber dans le giron de son concurrent franco-néerlandais, seuls Air France-KLM et AirOne restaient en lisse pour la phase finale de l'accord. Alors quel pourrait être l'avantage pour le groupe Air France-KLM de reprendre ce transporteur décadent? Cela permettrait tout d'abord à la première compagnie mondiale d'asseoir son réseau européen en proposant trois hubs principaux au nord (Amsterdam Schiphol), au centre-ouest (Paris CDG) et au sud (Rome Fiumicino) qui permettent chacun une main mise sur le marché de l'Europe du Nord, de l'Atlantique et de la Méditerranée. Ensuite, une valeur ajoutée importante peut être crée en réorganisant et en reconquérant le réseau intérieur italien. En effet, celui-ci est riche d'une clientèle touristique vers le sud et des voyages d'affaires vers le nord sur Turin et Milan. Ainsi, en restructurant le réseau autour du hub de Rome avec un service de navette sur Milan et la desserte des grandes villes de la péninsule italienne et de l'Europe centrale et du sud, Air France-KLM pourra bénéficier de la croissance et de ce marché intérieur important au niveau européen. Enfin, cela permettra une consolidation de l'alliance Skyteam menée par le groupe franco-néerlandais (et donc Alitalia fait partie) aux dépends de Star Alliance et OneWorld menées par Lufthansa et British Airways. Ceci dit, ce pari n'est possible que si les conditions de la reprise permettent à Air France-KLM de redresser le groupe Italien. Sur ce point particulier, Jean-Cyril Spinetta et son équipe ont clairement posé leurs exigences: une offre publique qui valorise la compagnie à 140 millions d'euros (soit un peu plus qu'un Airbus A320); l'engagement formel d'un plan de restructuration supprimant 1600 emplois, la fin de l'activité cargo et une reprise partielle des activités sol; l'obtention d'une ligne de crédit du Ministère Italien de l'Économie de 250 millions d'euros; le renoncement écrit de l'aéroport de Milan à déposer un recours en justice au retrait d'Alitalia et le droit de renoncement en cas de désaccord de Bruxelles. En échange, Air-France reprendra la compagnie, injectera 1 milliard d'euros, renouvellera la flotte et restructurera le réseau. Au final, on voit que le patriotisme économique a ses limites dans le cas d'une telle offre, qui plus est quand il repose sur un message électoral. Il Cavaliere et son dernier baroud d'honneur n'a pour but que de toucher la fibre nationale des électeurs indécis, ce qui semble clair quand on voit que ses fils font partie de cette manoeuvre. Il semble que l'intérêt d'Alitalia passe par Skyteam et Air France-KLM et même si les conditions paraissent drastiques, elles sont malheureusement inéluctables pour la survie de la compagnie Italienne. Néanmoins, le sauvetage est possible comme peut en témoigner la compagnie Swiss, racheté il y a quelques années par Lufthansa. Cette opération renforcera à coup sûr le transport aérien européen et par la même notre compagnie nationale Air France-KLM, dont on peut rappeler qu'elle a failli disparaître de la même façon au milieu des années 90... S. Wurmser le 31/03/2008
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