| Accueil | Edito | Archives |
|
Enfin, EADS normalise sa gouvernance |
|
|
|
Créé en 2000 pour agréger l'industrie aéronautique européenne et proposer une réplique au modèle Boeing outre atlantique, EADS (European Aeronautic Defence and Space Company) était jusque au 16 juillet 2007 une entreprise dont la direction bicéphale rendait le management malaisé. Résultant de facteurs historiques, la coprésidence du groupe avait été mise en place pour intégrer le poids et l'influence des partenaires allemands et français, principaux contributeurs industriels. En parallèle et à la même époque, un pacte d'actionnaires avait été mis en place, là aussi à parité et incluant des acteurs clés comme le groupe Lagardère (ancien actionnaire de Matra) et Daimler Chrysler (historiquement lié à DASA). |
|
Révélé par les luttes de pouvoirs des "Lagardère Boys" (Philippe Camus, Noël Forgeard,...) et leurs homologues allemands, le malaise lié au mode peu courant de gouvernance et au poids d'Airbus dans l'entité globale devait être rapidement corrigé pour normaliser la situation de l'entreprise. Ainsi, dès la création du groupe, le gouvernement Jospin avait prévu une transition rapide vers un système de gouvernance conventionnel mais les rivalités transnationales et personnelles ont fait que le modèle a perduré jusqu'au sommet Franco-Allemand de Toulouse du 16 juillet dernier. Après d'âpres négociations, les différentes parties (actionnaires, gouvernements, dirigeants) ont obtenu un accord de simplification du processus décisionnel. Louis Gallois va désormais assumer seul la Présidence d'EADS où il mènera l'équipe de management chargée d'exécuter la stratégie du groupe ainsi que le dialogue direct avec les actionnaires institutionnels. Thomas Enders, précédemment Co-Président d'EADS, récupère le rôle de CEO (Chef Executive Officer) d'Airbus, il reportera à Louis Gallois et sera assisté par Fabrice Brégier, qui fut un temps pressenti pour assurer la direction du groupe SAFRAN après Jean-Paul Béchat. Le problème de la gouvernance étant résolu, il restait à définir l'organisation de la direction du conseil d'administration ce qui n'a pas été chose facile. Arnaud Lagardère souhaitant rester influent au sein de l'entreprise pour s'assurer de la rentabilité de son investissement de 7,5% dans le groupe, a dû - malgré son action auprès du Président de la République - se résoudre à laisser le poste à Rudiger Grube. Celui-ci l'occupera pendant quatre années et sera ensuite remplacé par un français, mais il semble probable que d'ici à cette échéance le groupe Lagardère se sera retiré en tout ou partie de l'actionnariat puisque sa stratégie est de se recentrer sur le domaine des médias. Au delà de la réorganisation de l'organigramme, des pas importants ont été réalisés en terme de partage des responsabilités directes et du mode décisionnel. Nous pouvons citer notamment une réforme de taille au sein conseil d'administration puisque les décisions courantes seront désormais prises par vote à la majorité simple, exceptés certains points stratégiques comme la désignation du Président et des Directeurs Généraux qui restent soumises à l'approbation de Daymler et Sogeade. Ces décisions ayant été prises lors du sommet de Toulouse précité, elles seront effectives après une assemblée générale d'EADS qui devrait avoir lieu au dernier semestre de cette année. Ce premier train de mesures est une réelle opportunité pour un groupe qui avait pris l'habitude de fonctionner sur un rapport de force continuel et dont les modes de prise de décision aboutissaient souvent à un manque de responsabilité des acteurs. Par ailleurs, Airbus pesant plus de 80% du chiffre d'affaires et son dirigeant siégeant à la coprésidence d'EADS, les demandes et les méthodes de l'avionneur occultaient souvent la vision des autres entités du groupe (business units). La simplification obtenue, permettant un lien hiérarchique entre le Président d'Airbus et celui d'EADS, devrait normaliser l'intégration du groupe même si personne n’est dupe de l'influence que conservera la principale filiale dans les décisions au sommet. Néanmoins, EADS a été créé pour regrouper l'industrie aéronautique et spatiale européenne. C'est un leader sur nombre de ses marchés et toutes les divisions, plus ou moins connues du grand public, ont actuellement des projets innovants en développement et ont besoin de la force supposée qu’est susceptible d’engendrer une meilleure intégration globale. Comme dans le cadre d’une fusion, telle celle d'Air France et de KLM, des synergies doivent être dégagées pour bénéficier pleinement (tant financièrement qu’au plan de l'efficacité industrielle) du rapprochement réalisé. EADS a été intégré, mais les synergies ont été absorbées par manque de hiérarchie et conflit d'intérêts économiques et étatiques. Gageons que cette "révolution" de la gouvernance permettra à tout le moins à l'entreprise européenne de se rapprocher du modèle efficace de son concurrent transatlantique... O. Bonneau, le 23/07/2007
|
|
|
www.AirActu.com tous droits réservés |