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Air France, de l'intérêt de se poser les bonnes questions...

Air France est actuellement l'entreprise la mieux positionnée du secteur du transport aérien. Avec une place de numéro un mondial dans de nombreux domaines et une position de leader au sein l'alliance Skyteam, la compagnie est loin de la situation critique des années 90, moment où Christian Blanc avait amorcé son plan de redressement. Force est de constater que ce pari a été gagné et que Jean-Cyril Spinetta et ses équipes ont permis à notre fleuron national de passer le cap de la privatisation et de la mondialisation.

La fusion avec KLM, exercice délicat et peu courant sur un marché où la consolidation entre les grands acteurs n'a pas encore eu lieu, a été un modèle de réussite aujourd'hui souvent pris en exemple dans écoles de commerce. En effet, le groupe a su partager les responsabilités, intégrer les différences culturelles et respecter l'histoire de chaque partenaire pour dégager rapidement les synergies espérées tout en pérennisant le modèle technique et économique des deux acteurs historiques. C'est donc tout naturellement que le groupe est devenu au fil des années une référence, attirant les clients, les investisseurs, les étudiants, les PNT et PNC du secteur qui savent qu'ils intègrent une entreprise forte et en croissance.

Cependant, dans l'euphorie collective qui a mené à l'introduction du titre dans le CAC 40 il y a peu, certaines questions liées au modèle d'Air France et aux contraintes du secteur méritent d'être posées. En effet, si notre compagnie nationale occupe la première place mondiale actuellement, c'est en grande partie car elle a réussi à mieux absorber le choc du 11 septembre que ses concurrentes. Ainsi, quand les majors américaines ont toutes été mises sous la protection du chapitre 11, la compagnie française s'est concentrée sur le trafic européen, a développé ses partenariats et a profité de cette position pour fidéliser de nouveaux passagers et développer son offre. Résistant de la même façon que Lufthansa, Ibéria ou dans une certaine mesure British Airways, c'est grâce à la fusion avec KLM qu'elle a dépassé ses concurrentes directes et qu'elle se retrouve donc aujourd'hui numéro un mondial.

Ceci dit, il n'est pas sûr que ce modèle soit pérenne sur le moyen ou tout du moins le long terme. Ainsi, quelques indicateurs peuvent amener à l'interrogation. Alors que le chiffre d'affaire a progressé de 7,5% l'an dernier, les coûts se sont accrus de 8,5%. Par ailleurs, l'EBIT et le résultat net sont quant à eux en baisse respective de 4 et 2,4%. La politique commerciale et technique de l'entreprise n'est pas en cause puisque parfaitement adaptée au marché actuel. Cependant, c'est dans les coûts que les indicateurs sont aujourd'hui à l'orange. Ainsi, la volatilité des prix du pétrole, la nécessité d'accroître la sécurité, le défi de l'environnement ou la hausse des taxes aéroportuaires sont des éléments qui vont mécaniquement venir s'ajouter à une structure de coûts fixes importante, notamment liée à des salaires élevés et une structure assez lourde héritée de l'ancien monopôle d'état.

Ces éléments, qui pouvaient être supportés dans les années 90, sont malheureusement dépassés depuis la restructuration des compagnies américaines qui vont revenir en force, l'émergence des low-costs et le retour des charters. La Direction l'a d'ailleurs bien compris puisque elle a annoncé un plan d'économie nommé "Challenge 10" dont l'objectif est d'aboutir à 1,4 milliards d'économie à l'issue de l'exercice 2009-2010. Mais les analystes (Citigroup, ABN Amro par exemple) s'accordent à dire qu'il est peu probable que les résultats soient à la hauteur et ont donc révisé leur objectif de cours, ce qui a entraîné à la baisse l'action plus exposée et plus volatile depuis qu'elle est inscrite au CAC40.

Nous savons qu'Air France est un grand groupe, que son modèle économique est bien maîtrisé et que la compagnie saura tirer parti d'un marché aéronautique plus que porteur actuellement. Mais ne sous-estimons pas la réalité des questions qui se posent et les challenges que devra relever le transporteur pour continuer à être gagnant dans un environnement de plus en plus concurrentiel. Les incertitudes politico-économiques, la sur-exposition du secteur aux évènements mondiaux et l'émergence de nouveaux acteurs innovants en croissance exponentielle invitent à la réflexion. L'anticipation et la gestion du risque étant les maître-mots de la stratégie d'entreprise, sans vouloir entamer l'enthousiasme actuel autour de notre compagnie nationale, il est nécessaire de s'interroger quand tout va pour le mieux. Si d'autres acteurs de l'industrie aéronautique l'avaient fait par le passé, ils ne seraient pas aujourd'hui dans une position délicate...

S. Wurmser le 08/07/2007

 

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